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Musique 27.01.2020

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Nécrologie Pierre Huwiler (1948-2019)

Pierre Huwiler a fait ses études musicales et littéraires à Fribourg, mais il s’est formé au contact des autres, en se frottant aux musiques du monde.  France, Canada, États-Unis, Pierre Huwiler était un voyageur infatigable. Il a parcouru la plaète comme chef de chœur, compositeur, arrangeur, créateur d’évènements et rassembleur incroyable. Chaque pays, chaque rencontre a été pour lui source d’enrichissement au service de sa musique. Créateur d’un catalogue incroyable de 640 chansons et de suites chorales populaires, Pierre était un homme qui avait toutefois le temps, malgré son activité débordante, le temps pour les autres, le temps de partager. Car notre musicien était un homme d’une grande gentillesse, d’une bienveillance à l’égard de tous les choristes qui l’ont côtoyé. D’ailleurs, Pierre Huwiler ne voyageait pas que pour s’imprégner de la musique d’ailleurs : la plupart des déplacements qu’il faisait à l’étranger avec ses choristes était lié à une action humanitaire.

Dans l’émission « le Kiosque à musiques » dédiée à Pierre Huwiler, son ami de toujours, l’ancien conseiller d’État Pascal Corminboeuf souligne à quel point le langage du compositeur s’est enrichi au fur et à mesure de ses voyages. Il parle également de l’économie de moyens du chef : des gestes très petits et précis, pas de mouvements de bras grandiloquent, même face à un énorme ensemble, chaque chanteur se sentait obligé de le regarder ! C’est que notre compositeur a souvent écrit des œuvres d’envergure, avec de très grands chœurs accompagnés par un orchestre symphonique. Citons entre autres «Santiago» (2005), «Esperanto» (2004), «Dolor» (2002), «L’Armailli» (2002), «Le jour d’après» (2000), «Les Banlieues du Soleil» (1999), «Lenorado da Vinci» (2000), «Lumen Christi» (1995), «Chatouranga» (1994), «L’oiseau bleu» (1994), «Le voleur aux milles roses» (1982), «La Pierre et la Charrue» (1986), «Pablo» (1985), «Gottardo» (1990), «Missa Alba» (1982), « Pontéo » (2014) ainsi que la « Fête du blé et du pain » (2008)… Des pages imposantes : Pierre était un homme qui aimait relever les défis, des pages écrites pour de grands ensembles, car Pierre était un homme de partage. Un musicien qui avait des envies de parler au plus grand nombre, nous y reviendrons. Des idées plein la tête, lesquelles donnaient parfois le tournis aux comités d’organisation, mais des projets qui ont toujours aboutis et débouchés sur un succès populaire considérable.

 

Toujours adoré par ses choristes, souvent critiqué par ses pairs

Lorsque l’on écrit de la musique de façon traditionnelle (ce que faisait Pierre), il est d’usage de se plier à des règles qui, si elles ont toujours valeurs de loi dans les conservatoires, ont toutefois évolué au cours des siècles et des styles, ce ne sont pas Beethoven, Wagner ou Debussy qui vont le contredire. L’écriture selon les règles de l’harmonie et du contrepoint sont le ciment de notre musique occidentale traditionnelle. Bien des chefs de chœur-compositeurs se sont gaussés des pièces de Pierre Huwiler parce qu’elles ne sont pas écrites dans le respect absolu de ces règles de grammaire musicale. « Si le chœur a tant baissé, c’est à cause de l’harmonie bancale, c’est normal » Argument-massue souvent entendu de la part de certains experts de fêtes cantonales. Contre-argument : il est rare d’avoir entendu baisser un chœur dirigé par Pierre et l’on a pu entendre des ensembles chanter Palestrina en baissant énormément. Permettez une comparaison avec la littérature. Si quelqu’un a envie d’exprimer une idée et de faire éclore cette idée en un livre, il va, bien évidemment respecter la syntaxe, la concordance des temps, donner une forme à son récit. Si quelqu’un a envie d’exprimer une idée et de la transmettre à quelqu’un par téléphone, il ne va guère se soucier de l’emploi du conditionnel passé deuxième forme et de l’accord du participe passé employé avec avoir. Pierre Huwiler composait comme on parle au téléphone, dans l’urgence de communiquer, de partager. Et c’est pour cela que les gens l’ont aimé et l’aimeront encore.

 

Thierry Dagon