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Chöre / chœurs / cori / chors 15.05.2018

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Intégration par le chant : un modèle à suivre…

Un atelier bricolage et dessin était prévu pour les enfants. Quant aux adultes, ils passaient par groupes dans trois ateliers. L’un d’eux proposaient de confectionner des tresses, aliment que l’on trouve sur la table du petit-déjeuner de toutes les régions de la Suisse. Un deuxième proposait une approche de la calligraphie, si belle pour la langue arabe. Le dernier était consacré à l’apprentissage d’un chant emblématique : Le Vieux Chalet. En fin de journée, les trois groupes qui étaient passés dans l’atelier choral se réunissaient pour chanter ensemble le fruit du travail effectué. Beaucoup de joie, de rires, mais aussi énormément d’émotion…

Le dimanche 29 avril s’ouvrait sur une grande question : allaient-ils venir ? Les requérants seraient-ils intéressés ? Une centaine de participants, issus d’une vingtaine de nationalités ont répondu à l’appel. La répétition n’est pas simple : beaucoup ne parlent pas le français, n’ont jamais vu une partition. Mais la musique est un langage universel, il n’y a pas besoin de beaucoup de paroles. Toutefois, dans chacun des groupes, un arabe s’est proposé de traduire l’explication du texte. Et c’est du vécu pour beaucoup : ils ont souvent dû quitter leur maison démolie, ils ont pleuré comme Jean devant son chalet détruit. Et il y a la volonté de reconstruire, « plus beau qu’avant ». Non seulement de reconstruire la maison, mais de reconstruire sa vie, de participer à la construction d’un monde meilleur. Ce chant tout simple résonne profondément dans le cœur de ces choristes improvisés. Tout le monde chante avec ferveur. Une question arrive tout de suite, tellement évidente, mais inattendue pour un chef d’ici : « ça sert à quoi, les gestes que tu fais ? ». Explications : « Avec cette main, je vous montre le tempo. Dans cette pièce, il y a des ralentis, des accélérations. La dernière strophe est plus rapide. Avec cette main, je vous montre les nuances. La première phrase est chantée une première fois forte, elle est répétée comme un écho, plus doucement. En concert, le chef ne va pas parler pour indiquer ces changements, il le fait avec ses mains ». Et ça marche tout de suite. Bien sûr, dans le chœur, il y a quelques éléments qui connaissent déjà le chant. Un pasteur, un curé, quelques religieuses, des bénévoles, mais aussi des musulmans qui sont là depuis pas mal d’années. Ça aide beaucoup et les choses se mettent très vite en place. Ce n’est certes pas une version de concert, mais tous sont content d’avoir appris à chanter un peu de la Suisse. J’ose lancer l’idée que puisque les gens savent chanter le Vieux Chalet, on devrait tout de suite leur donner un permis de séjour ! Un jeune homme me signale que, le soir d’avant, il a été écouté le concert des chœurs de Céciliennes et qu’il a trouvé cela magnifique et très émouvant. Il n’avait jamais entendu chanter des pièces à 4 voix…

Après le chant en commun et un partage des tresses confectionnées, les participants lisent et expliquent les pensées qu’ils ont écrites dans l’atelier calligraphie. Toutes parlent de rapprochement, de compréhension et de paix. Puis les enfants arrivent et présentent leurs dessins qui ont été fixé sur une longue corde. Chaque personne tient un bout de la corde et l’on procède à un moment de méditation silencieuse. Le chanoine Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale de Fribourg, me glisse dans l’oreille : « Tu sais, j’ai vécu beaucoup de moment de méditation, mais une telle émotion, c’est très rare ».

Thierry Dagon