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Jeunesse 05.10.2016

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La saison se termine pour le Chœur Suisse des Jeunes

L’église du collège Saint-Michel ? c’est grand. Il faut la remplir. Ce n’est pas évident. En ce dimanche 25 septembre, malgré le temps splendide incitant à la promenade, l’église se remplit très tôt. Dix minutes avant le début du concert, les organisateurs ajoutent quelques chaises dans la travée centrale. L’on peut saluer de nombreux choristes fribourgeois, bien évidemment, mais également bon nombre d’aficionados venus tout exprès d’autres cantons. C’est que la réputation du Chœur Suisse des Jeunes (CSJ) n’est plus à faire.

En lever de rideau, le Chœur du collège St-Michel nous incite à la valse. Le jumelage est tout naturel : les chanteurs sont « à la maison », leur chef, Philippe Savoy co-dirige le CSJ et le chœur du collège a toujours été un vivier pour le chœur suisse. Deux solistes du chœur fribourgeois, Simon Ruffieux et Florian Mauron, font également partie du CSJ. Les deux chœurs unissent leurs talents dans un negro spiritual qui touche autant par sa vocalité que par la masse sonore imposante.

Renaissance-Baroque
Les jeunes choristes du CSJ entament leur programme avec trois cathédrales de la musique vocale. D’emblée, le Regina Caeli de Victoria, pour double-chœur, donne le frisson par la lisibilité que les chanteurs donnent à l’architecture sonore. Philippe Savoy réussit à imprimer une forte émotion au Psaume 79 de Purcell avant que Nicolas Fink cisèle un Psaume 19 de Schütz dans un style impeccable.

19ème et 20ème siècle
Un choix de haut vol. Les dames du chœur nous font voyager dans les paysages debussystes avec « les Angélus » avant que les messieurs restituent toute la merveilleuse spiritualité si particulière des « Quatre petites prières de St François d’Assise » de Francis Poulenc. Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s’attaquer à l’Hymne « to St Cecilia » de Benjamin Britten. L’œuvre est d’une difficulté redoutable, demande une précision de chaque instant. Bien des chœurs s’y sont cassés les dents. Là, de la première note au dernier accord, on est bluffé ! Non seulement la technique d’exécution est merveilleusement soignée, mais chaque choriste sait ce qu’il fait en se donnant à fond dans l’interprétation. Un grand moment de musique chorale. Le niveau reste au zénith avec de merveilleux bijoux signés Samuel Barber et Gustav Mahler.

 

Chants populaires suisses
C’est un peu la carte de visite du CSJ. Le chœur n’interprète pas que de la musique dite savante. Il se frotte avec bonheur au répertoire traditionnel helvétique. Parfois en chantant des œuvres telles quelles, parfois en offrant au public des arrangements décapants. « Le ranzzzzz des vaches » de Gonzague Monney en fait partie. Rappelons que la création de l’œuvre, par le chœur de jeunes des Grisons, sous la direction de Martin Zimmermann lors de la Fête Suisse de Chant, avait fait couler beaucoup d’encre, les tenants d’une tradition immuable ne se souvenant pas que le même chant signé Joseph Bovet est, lui aussi, un arrangement à la sauce romantique d’une œuvre bien plus ancienne. Une arrière-grand-mère qui avait lu des courriers de lecteurs sans avoir entendu la pièce nous a confié après ce concert qu’elle ne comprenait absolument pas ce type de réaction, cet arrangement de Gonzague Monney étant à ses oreilles bien plus sympathique que celui du chanoine ! Beaucoup d’humour et de savoir-faire dans « l’inverno l’è passato », mélodie populaire tessinoise arrangé par Armin Schibler. Le chœur nous régale avec « La notg ei vargada », « Anneli, wo bisch geschter gsy » et l’on a plaisir à entendre le magnifique son que prodigue Philippe Savoy au saxophone.

Rythm and song
Certains chœurs se spécialisent dans un répertoire. Le CSJ est un ensemble généraliste. Devant tant d’excellence, l’on devrait plutôt dire que c’est un ensemble qui est spécialiste toutes catégories. Il termine son programme avec des pièces plus actuelles. Les dames donnent tout le côté glamour qui convient au tube des Manhattan Transfer « Java Jive ». S’ensuivent d’autres mélodies qui ont fait le bonheur des années 60 tels « You’lll never walk alone » et « Shenandoah ». Le concert se termine officiellement avec « Yesterday » des Beatles, provoquant un tonnerre d’applaudissement et une standing ovation bien mérités. Un bis dans l’église, mais le public ne veut pas laisser partir ainsi les choristes qui nous gratifient encore de quelques magnifiques pages interprétées extra muros dans la cour du collège. Pour tous ceux qui auraient manqué ce moment inoubliable, les concerts du CSJ ont été enregistrés, il va de soi que nous vous donnerons des informations dès que le CD sera disponible.

T. Dagon