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Fête du chant 15.06.2016

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Tutticanti

Durant 5 jours, le centre-ville de Bulle grouillait de monde, foisonnait de musique, explosait de bonne humeur. La 2ème édition de Tutticanti a vu défiler plus de 4000 chanteurs. Le public a largement répondu à l’appel. Ce ne sont pas moins de 2500 spectateurs qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture. Les concerts présentant les ateliers affichaient complet et il a souvent fallu ajouter des chaises pour satisfaire tous les mélomanes.

La fête de la Fédération Fribourgeoise a été vécue à plusieurs niveaux. Les traditionnels passages devant jury, moments de concentration: il s’agit de donner le meilleur. Les ateliers-concerts, occasions de découvertes, moments d’une rare intensité émotionnelle. Les concerts libres, en plein air ou en salle ont permis aux chœurs de faire découvrir leur répertoire dans une ambiance détendue. Les ateliers spontanés, ne demandant aucune préparation, ont réuni les choristes désireux d’apercevoir de nouvelles facettes du chant choral. Instants studieux, avec des conférences, des cours de technique vocale, les petits ne sont pas en reste avec une garderie musicale. Moment d’émotion également que celui de la grand’messe célébrée par Mgr Morérod. Comme les organisateurs ont réussi à tout regrouper dans la même rue du chef-lieu gruérien, les rencontres verre en main n’ont pas été en reste ! Une organisation impeccablement huilée, aucun grain de sable dans les rouages. Malheureusement, la pluie s’était également invitée, ce qui n’a pas retenu public et participants ni empêché la très bonne humeur d’être au rendez-vous.

Il ne nous a pas été possible d’assister à tous les concerts-ateliers, ni d’écouter tous les chœurs passant devant jury ou se présentant en concerts libres. Relevons toutefois quelques points marquants de la fête.

Cérémonie d’ouverture

Souvent, lorsque les chœurs présentent une œuvre du répertoire classique, ils se font accompagner par un orchestre (ou une réduction de l’orchestre au piano). Carl Orff, Giuseppe Verdi et leurs collègues voient le chœur de la fête accompagné par un orchestre d’accordéons. Il est vrai que sous la baguette experte de Lionel Chapuis, cela ne peut que bien passer. Encore plus inédit, les ballets qui peuvent habituellement s’insérer entre les chœurs d’un opéra, ne portaient pas de tutu et pour cause : les garçons lutteurs en étaient les vedettes. En contrepoint au carré de sciure, tout là-haut dans le ciel, fil tendu entre le château et l’hôtel de ville, le funambule observe Bulle.

Festival Grevîre

Les gruériens sont fiers de leur patrimoine. Ils aiment à le faire connaitre, à le partager. C’est donc tout naturellement que les organisateurs ont lorgné du côté de l’abbé Bovet. Le barde à la soutane a écrit plusieurs « Festivals », spectacles populaires mêlant théâtre, chant choral et solistique, orchestre, danse folklorique. Grevîre a marqué les années 1930 bien au-delà du canton de Fribourg. Et ce n’est pas pour rien que l’on chante encore un peu partout certains des chœurs qui émaillent cette sorte d’opéra populaire. « Le chagrin de Madeleine », « Le vieux chalet », « La montagne » sont, parmi bien d’autres, autant de bijoux que l’on a plaisir à redécouvrir dans leur contexte. Les concepteurs du spectacle ont, avec grand bonheur, revisité les textes parfois surannés, les mettant au gout du jour sans perdre l’esprit d’origine. La scénographie est simple et efficace, mêlant toutes générations. Michel Corpataux, à la tête de l’orchestre de Bulle et des chœurs est la personne idéale pour donner l’énergie idoine à ces pages, sachant mieux que quiconque apporter toute la couleur souvent nostalgique de ces instants magiques.

Ateliers-concerts

Comme déjà dit, impossible de tout voir. Nous nous sommes concentrés sur trois de ces ateliers.

L'un d'eux invitait le célèbre chef américain Brady Allred, chef d’orchestre et de chœur internationalement reconnu, personnage charismatique doté d’une incroyable énergie. À la tête d’une impressionnante phalange de choristes, le chef dirigeait l’Orchestre de Chambre Fribourgeois dans la Paukenmesse de Haydn. Expérience inoubliable pour tous les chanteurs amateurs qui s’étaient inscrits à cet atelier préparé depuis plusieurs mois par Gonzague Monney, Francis et Fabien Volery. Le magnifique quatuor de solistes était composé de Monique Volery, soprano, Véronique Rossier, alto, Jonathan Spicher, ténor et Jean-Luc Waeber, basse. Une version électrisante de cette célèbre pièce, peut-être au détriment de certaines nuances douces et de phrasés subtils, mais une version qui restera gravée chez tous ceux qui n’ont guère la possibilité d’aborder ce type de répertoire.

Gonzague Monney ouvrait les feux d’un autre concert avec le magnifique Stabat Mater de Rheinberger. Toujours avec le concours de l’Orchestre de Chambre Fribourgeois, le chef parvient à donner des impulsions pleines de tendresse, sachant faire éclore tout le romantisme de l’œuvre. En seconde partie, Pascal Mayer s’empare de la cantate Saint-Nicolas de Britten. L’œuvre n’est vocalement pas facile du tout, mais le chef fribourgeois maitrise ces magnifiques pages grâce à une technique hors pair.  Et il emmène ses choristes dans ce chef-d’œuvre avec une générosité qui n’a d’égal que sa musicalité jamais prise en défaut. Le ténor Stuart Patterson possède exactement le grain de voix que l’on imagine dans cette musique, digne héritier de de Peter Pears. Pour beaucoup d’auditeurs – dont nous faisons partie –, cette cantate St-Nicolas a été le sommet musical de la fête Tutticanti.